GLYPTIQUE


GLYPTIQUE
GLYPTIQUE

Que les gemmes aient été muettes, inscrites ou gravées, dès leur origine, depuis les temps préhistoriques, elles précisèrent trois caractères distinctifs: ceux d’ornement, de talisman et de cachet.

Avant même qu’ait été connu le moyen de graver les pierres, elles étaient à elles seules des phylactères. Quand les graveurs les revêtirent d’images divines, ou même d’inscriptions qui étaient des prières, elles devinrent des talismans investis de pouvoir de protection. Étant à la fois protecteur et défenseur de celui qui le portait, le talisman s’identifiait à sa personnalité; témoin de ses pensées, de ses engagements, de ses actes, il prit tout naturellement valeur de sceau, de cachet. Ainsi la pierre gravée devint-elle d’un usage courant pour sceller les actes et les contrats.

L’art de graver les pierres fines, en relief ou en creux, s’appelle la glyptique. Les Grecs, pourtant, donnaient du mot «glyptique» une définition moins restrictive: pour eux le terme de 塚凞羽﨏兀 désignait non seulement la gravure sur pierres fines, mais encore l’art de ciseler le métal et le bois. Par contre, ils faisaient une distinction précise, quelle qu’ait été la matière utilisée par l’artiste, entre la gravure en relief appelée 見益見- 塚凞羽﨏兀 (anaglyptique), et celle en creux, appelée 嗀晴見塚凞羽﨏兀 (diaglyptique). De la même manière, les Grecs faisaient une différence entre le graveur de gemmes, le晴礼塚凞羽﨏礼﨟, et le lapidaire, le晴- 礼羽福塚礼﨟 qui taillait et polissait les gemmes, et le joaillier chargé de les monter et de les enchâsser. Il faut cependant noter que dans l’Antiquité, comme à la Renaissance, un même artiste pouvait être, dans certains cas, lapidaire, lithoglyphe et joaillier.

Pour l’étude des matières et des techniques de taille, ainsi que pour les illustrations en couleurs, on se reportera à l’article GEMMES.

1. Les pierres gravées dans l’Antiquité

L’Égypte

Les Égyptiens ont gravé d’innombrables pierres fines, en ronde bosse, et en creux, depuis la plus haute époque. Cette glyptique était l’expression figurée de leurs croyances; elle représentait des têtes de lions, de chats, d’ibis, d’aigles, de cynocéphales; des images de divinités telles que Ptah, Anubis, Harpocrate (Horus enfant), Horus, Nephthys, Isis; des symboles comme la croix ansée, le lotus, l’œil mystique; des cœurs, des doigts, des équerres, des chevets, des âmes à visage humain. Toutes ces amulettes étaient gravées sur cornaline, améthyste, émeraude, hématite, turquoise, lapis-lazuli ou feldspath. Mais l’emblème le plus répandu était le scarabée.

Habiles lithoglyphes, les Égyptiens ne surent pourtant jamais tirer parti des couches diversement colorées des agates; ils se contentèrent de graver avec une extrême dextérité les pierres fines monochromes, et les surfaces planes des revers de scarabées où figuraient en creux des scènes religieuses ou guerrières, les noms de leurs destinataires ou des formules magiques consacrées.

Les civilisations du bassin mésopotamien

Les civilisations antiques du bassin mésopotamien taillèrent, dès le Ve millénaire avant J.-C., les premiers cachets et les premiers cylindres-sceaux.

Les gemmes primitives des Sumériens avaient des formes diverses, sphériques ou fusiformes, tels des cailloux roulés. Les formes cylindriques et conoïdes n’apparurent que quand la glyptique atteignit à sa perfection.

Les plus anciens cachets étaient ornés de sujets, de motifs stylisés: croissants lunaires, animaux schématisés, oiseaux, poissons. Ces premiers essais étaient gravés sur des roches tendres, calcaire, stéatite ou serpentine, creusées facilement par des outils en pierre. Après quelques cylindres gravés maladroitement, on voit apparaître la série des cylindres gravés sur les quartz les plus résistants où des scènes de la mythologie sont exécutées avec un rare talent. Trois mille cinq cents ans avant notre ère, la glyptique mésopotamienne était parvenue à son apogée. Ces cylindres, amulettes qui servaient de cachets, ne dépassaient pas quatre centimètres de long; ils étaient percés d’un trou longitudinal et un cordon permettait de les suspendre au cou, de les attacher au poignet du mort, et de les rouler sur l’argile molle des tablettes.

Les scènes de caractère religieux gravées sur ces cylindres étaient presque toujours les mêmes: Ishtar, la grande déesse chaldéenne, descendant aux enfers; Gilgamesh luttant contre les lions; des dieux barbus à double visage; des scorpions à tête humaine; des taureaux et des animaux fantastiques. La glyptique des derniers temps de la civilisation babylonienne ne produit plus que des copies archaïsantes. L’usage des cachets plats, dont la tige est prismatique, conoïde ou pyramidale, tend à se substituer à celui des cylindres. Le motif le plus fréquemment gravé sur ces cachets est celui d’un pontife debout, en adoration devant un autel surmonté de flèches et d’un bouquetin. Les cylindres et les cachets sont en calcédoine, en onyx ou en améthyste.

Des cylindres de la Mésopotamie du Nord imitèrent ceux gravés en Chaldée, avec moins de talent: le style en est plus sec. Les Assyriens ont eu une préférence certaine pour l’onyx, ils ont peu gravé sur hématite. Les légendes mythiques sont copiées sur celles de Babylone, avec une préférence pour les taureaux ailés à tête humaine. À l’époque des Sargonides, au moment où l’art de Ninive est à son apogée, la glyptique reproduit le thème des génies ailés en adoration devant l’Arbre de Vie; le dieu Marduk tenant dans chaque main la patte de deux démons ailés; on y voit encore des griffons à tête d’homme, de femme, de lion ou d’aigle... «Les intailles ninivites ne sont que des bas-reliefs en miniature.»

Cette glyptique chaldéo-assyrienne eut une sphère d’influence au-delà des vallées du Tigre et de l’Euphrate; en Perse, en Arménie, chez les populations araméennes, chananéennes et jusqu’à Chypre et à Carthage.

Les Phéniciens

Les lithoglyphes phéniciens empruntèrent les sujets à la glyptique égyptienne, assyrienne et perse.

Cylindres assyriens, scarabées égyptiens servirent de cachets aux Phéniciens qui y gravèrent leurs noms. À partir de la domination achéménide, ils utilisèrent surtout les produits de la glyptique perse, copiée par tout l’Orient sémitique. Les cylindres furent de plus en plus rares; gens de sens pratique, les marchands de Tyr, de Sidon, d’Arados préférèrent les cachets plats en forme de scarabée, d’ellipse, de cône, d’octogone.

Les intailles crétoises et mycéniennes

Les intailles créto-mycéniennes sont des gemmes de forme lenticulaire, rondes, aplaties ou allongées et légèrement convexes. Ces formes que l’on donnait aux gemmes primitives apparaissent pour la première fois dans la glyptique et subsisteront longtemps après la disparition de la civilisation mycénienne. Les sujets représentés étaient simples et traités avec une certaine maladresse: fleurs, animaux, poissons, la faune et la flore des îles ou des pays baignés par la mer Égée. La matière employée était belle: agate, calcédoine, jaspe, cornaline, améthyste, cristal de roche, stéatite, hématite, ivoire. Certaines de ces pierres étaient percées pour pouvoir être enfilées en colliers; d’autres étaient enchâssées dans des chatons de bagues.

Des œuvres où les personnages sont gravés sur deux plans différents attestent une grande habileté technique. Quelques-uns des thèmes sont propres au monde égéen: Chimère, Pégase, Gorgone, Minotaure, Harpies; d’autres sont influencés par la glyptique mésopotamienne et égyptienne: un géant domptant deux monstres dressés contre lui, ou Héraclès combattant «le vieillard de la mer» à queue de poisson, dont on trouve des prototypes en Phénicie et en Chaldée.

L’ensemble des œuvres de la glyptique créto-mycénienne témoigne du degré de perfection auquel les lithoglyphes sont parvenus, notamment dans le traitement des animaux.

La glyptique étrusque

Bien que l’Étrurie ait possédé des ateliers de graveurs, la glyptique étrusque fut un art d’importation par la matière (agate, cornaline, calcédoine et sardoine), la forme (le scarabée) et le style des pierres gravées. Les pierres fines qui ont été utilisées par les lithoglyphes de l’Étrurie sont toutes d’importation.

Ces pierres gravées furent trouvées en très grand nombre dans les tombes de Tarquinia, de Vulci, de Bologne, et dans les environs de Chiusi. Sur ces pierres gravées, on distingue trois types de représentations: des animaux (lions, bouquetins, aigles, sangliers) ou encore des scènes où des griffons terrassent des cerfs; des guerriers (athlètes, vainqueurs dans un quadrige) et des épisodes mythiques des guerres de Thèbes et de Troie, ces dernières représentations étant typiquement étrusques; enfin des scènes empruntées à la mythologie et encore aux cycles troyens et thébains.

Les dieux, demi-dieux et héros le plus souvent représentés sont Hercule accomplissant ses travaux, Athéna, Apollon, Ulysse, Ajax, Achille. Les personnages des intailles étrusques ont généralement de longues jambes, un torse très court; le costume est grec. Les moindres détails sont méticuleusement gravés.

Les intailles étrusques étaient utilisées comme cachets; elles pouvaient être enfilées en collier, mais il était encore plus élégant de porter son cachet monté en bague.

La ressemblance des gemmes étrusques avec les gemmes de la période grecque archaïque est telle qu’il est très difficile de les distinguer, soit par la forme ou le style, soit par le sujet ou la matière. On peut, toutefois, considérer comme des intailles de fabrication purement étrusque celles qui portent une inscription commentant la scène représentée, ou donnant le nom du personnage figuré.

La glyptique en Grèce aux Ve et IVe siècles

Cette forme particulière de l’expression artistique connut un extraordinaire engouement, comme en témoignent les inventaires du trésor du Parthénon de l’an 400, dans lesquels il est mentionné un grand nombre d’intailles serties d’or et d’argent, montées en bagues, qui servaient de sceaux.

Ce fut précisément sous l’impulsion de nombreux lithoglyphes que les intailles se transformèrent dans leur forme, leur style, le choix des sujets. Le scarabée d’origine égyptienne, qui avait été considéré presque exclusivement jusqu’à cette époque comme la seule formule possible pour les intailles, fut supplanté, vers le milieu du Ve siècle, non pas dans sa forme, qui resta encore scarabéoïdale, mais dans les thèmes traités; aux scarabées succédèrent des masques de Silène, de Gorgone, des lions couchés. En même temps, les sujets traités se dépouillent progressivement de la raideur archaïque; grâce et noblesse de l’expression, souplesse des mouvements, majesté des attitudes caractérisent cet art.

Le classement chronologique des œuvres demeure incertain parce qu’il n’a pas pour base des données étrangères au style même de la gemme, et qu’à toute époque un lithoglyphe a pu reproduire une œuvre bien antérieure, sans que rien dans la technique de la gravure permette de lui assigner une date précise. En effet, avant l’an 400 avant J.-C., aucune intaille ne fut signée; ce n’est qu’à partir de cette époque qu’on trouve des pierres gravées signées, grâce à quoi on peut établir la carte géographique des ateliers de glyptique témoignant de la manière dont ils se sont propagés parallèlement aux écoles de grande sculpture. Ainsi, Athénadès nous transporte à Panticapée, Phrygillos en Sicile, Olympios au cœur du Péloponnèse, au moment où s’illustrent les maîtres de Sicyone et d’Argos; quant à Dexamenos, il personnifie la nouvelle école attico-ionienne.

Les pierres gravées n’étaient pas seulement des œuvres d’art que chaque Grec fortuné recherchait; elles jouaient aussi le rôle de cachets, comme dans les anciennes civilisations méditerranéennes. C’est ainsi que chaque médecin scellait de son anneau sigillaire, appelé 嗀見精羽凞晴礼﨟 﨏見福猪見晴精兀﨟 (bague de magicien), les médicaments et les drogues qu’il vendait. Les Grecs qui n’avaient pas le moyen d’acquérir des gemmes de prix portaient des pierres gravées en pâte de verre colorée qu’on désignait sous le nom de 靖﨏福見塚晴嗀﨎﨟 羽見凞晴益見晴. Cet usage fut particulièrement répandu au temps d’Aristophane.

À la période hellénistique, le nom de Pyrgotèle, illustre lithoglyphe, domine l’art de la glyptique; bien qu’Alexandre l’ait jugé le seul digne de reproduire son portrait sur des gemmes, aucun camée, aucune intaille conservé ne porte sa signature, alors que des portraits de princes et de particuliers sont signés de Pheidias, Lycomède, Philon, Nicandre. À cette époque, l’iconographie prend une place prépondérante dans la glyptique; que les pierres soient signées ou non, elles témoignent toutes de ce goût qu’eurent les rois comme les princes, et les simples particuliers, de se faire représenter sur des gemmes, avec les attributs de leurs divinités protectrices.

La glyptique romaine

Les Romains eurent de bonne heure l’usage des cachets en pierres dures, anneaux de fer ou d’or, sur lesquels étaient gravés des sujets qui rappelaient un événement glorieux, un souvenir personnel, ou simplement un animal, ou un symbole. Comme les princes orientaux, les Romains se constituaient des dactyliothèques dans lesquelles ils avaient des intailles en grand nombre servant de cachets, et des camées sertis de riches montures.

Au Ier siècle de notre ère, les intailles peuvent être réparties en trois groupes: les sujets de genre, extrêmement nombreux; les thèmes mythologiques qui sont loin d’offrir le même intérêt que ceux gravés sur les pierres grecques et étrusques; l’iconographie.

Le siècle d’Auguste a connu un lithoglyphe aussi illustre que Pyrgotèle au temps d’Alexandre, Diosconide, que Pline et Suétone considéraient comme un maître exceptionnel, et dont on conserve dans diverses collections, dont celle du cabinet des Médailles de Paris, des intailles signées. La plupart des lithoglyphes de cette époque signèrent les pierres fines qu’ils gravaient; moins éminent que Diosconide, mais son contemporain et son émule, Solon a signé plusieurs belles gemmes. D’autres lithoglyphes ont ainsi immortalisé leur nom, tels Pamphile, auteur d’une des plus remarquables intailles du cabinet des Médailles de Paris, offerte par le cardinal Fesch à Louis XIV, Evodus, qui grava sur une grande aigue-marine le portrait de Julie, fille de Titus. Ces noms ne sont donnés qu’à titre d’exemple; il faudrait, pour être complet, en citer bien d’autres.

Dès le milieu du IIe siècle, la glyptique romaine tombe dans la décadence. Les sujets vulgaires, exécutés sans talent, pullulent. À partir de Caracalla, les œuvres d’art en ce domaine sont rares; peu de portraits, ce sont surtout des têtes de divinités, des dieux debout ou assis, des figures allégoriques. Ces types peuvent être complétés d’une inscription qui est soit le nom du propriétaire de l’intaille, soit une formule banale: vœu de bonheur ou invocation pieuse, rarement le nom de la divinité représentée.

Deux catégories de pierres gravées deviennent alors d’usage courant, les grylles et les abraxas. Les premières sont des pierres de type baroque ou grotesque, les secondes des amulettes gnostiques se rattachant aux gemmes talismaniques si abondantes dans le bassin méditerranéen et plus particulièrement en Égypte.

Les premiers chrétiens ne restèrent pas indifférents à l’usage des pierres gravées si répandu aux IIIe et IVe siècles dans tout l’Empire romain. Ils eurent des cachets portant des symboles de leur religion: la colombe, le poisson, le Bon Pasteur ou le monogramme du Christ. Ces pierres étaient d’un travail médiocre.

2. Les pierres gravées du Moyen Âge au XIXe siècle

Le Moyen Âge

L’art de la glyptique disparaît après les invasions germaniques du Ve siècle; les Barbares transformèrent les gemmes en ex-voto qu’ils offraient aux églises. Les intailles païennes servirent à la décoration des croix, des châsses, des reliquaires, des calices et des ciboires, voire des vêtements sacerdotaux et des évangéliaires. En outre, elles conservèrent leur antique usage de sceaux: certains actes des rois Pépin et Carloman furent même scellés avec des gemmes représentant Auguste, Diane, Bacchus. Le premier sceau de Charlemagne fut une tête de Marc Aurèle enchâssée dans une monture sur laquelle était gravée la légende: CHRISTE PROTEGE KAROLVM REGEM FRANCORVM; un diplôme de l’an 812 porte l’empreinte d’un second cachet, une tête de Sérapis.

Des exemples de ces adaptations sigillaires des gemmes grecques et romaines se retrouvent jusqu’au XVIe siècle dans les chancelleries royales, celles des barons, des prélats et des monastères. Les œuvres de la glyptique antique ont constitué les riches trésors des cathédrales et des abbayes, tel celui de l’abbaye de Saint-Denis.

À partir du Xe siècle, l’usage des sceaux de métal étant prépondérant, les intailles ne furent plus utilisées que pour les cachets de petite dimension et pour les contre-sceaux.

Les gemmes antiques, notamment les pierres gnostiques, furent considérées au Moyen Âge comme des amulettes douées d’un pouvoir magique. Portées au cou, sur la poitrine, au bras ou montées en bague, elles étaient supposées guérir tous les maux. Ces remèdes trouvèrent crédit chez des auteurs comme Gerbert, Avicenne, Albert le Grand, et même chez Thomas d’Aquin, qui s’intéresse aux propriétés curatives des gemmes. Les alchimistes cherchèrent à démontrer les rapports qui existaient entre les gemmes, les métaux et les planètes. La rédaction des traités de gemmes fut attribuée aux mages de l’Orient. Le célèbre De gemmis de Marbode, l’évêque de Rennes, copié, traduit en vers et en prose, imité à travers tout le Moyen Âge, n’était qu’une transcription d’écrits de l’Antiquité avec des emprunts aux Pères de l’Église. Plusieurs livres de ce genre furent en vogue: Imagines seu sigilla Salomonis , consulté jusqu’au XVIIe siècle, le De imaginibus attribué à Ptolémée, le Livre d’Énoch , le fameux Lapidaire d’Alphonse X.

Pourtant le Moyen Âge eut aussi ses graveurs en pierres fines; au temps des successeurs de Charlemagne furent gravés par des artistes occidentaux, élèves des Byzantins, de beaux cristaux. Le chef-d’œuvre de la glyptique carolingienne est l’intaille conservée au British Museum, représentant des scènes de la vie de Suzanne. On possède, datant de la même époque, une croix reliquaire du trésor d’Aix-la-Chapelle, décorée d’un portrait de Lothaire, gravé sur un béryl. Plusieurs crucifixions gravées sur des cristaux sont conservées dans les trésors de Conques, de Guarrázar à Madrid, ou encore au musée de Rouen.

À partir du XIIIe siècle, une corporation de lapidaires ou cristalliers s’installe à Paris; d’après les statuts qui sont insérés dans le Livre des métiers d’Étienne Boileau, ils taillaient le cristal de roche naturel et les autres pierres fines pour en orner des bijoux, faire des coupes, graver des sujets en creux; ils se distinguaient des voirriniers qui fondaient et teignaient le verre et les pâtes de verre. C’est à propos de ces fondeurs de verre que Thomas d’Aquin écrivait: «Il y a des hommes qui fabriquent des pierres précieuses artificielles.»

La Renaissance italienne et française

Aux XVe et XVIe siècles, la glyptique atteignit un degré de perfection digne de l’Antiquité; dès la première moitié du XVe siècle, les intailles antiques furent rassemblées, copiées, imitées. Des collections de pierres gravées furent réunies par le pape Martin V (1417-1431), par Lionello d’Este à Ferrare (1441-1450), les Giustiniani à Gênes, etc. La glyptique antique jouissait d’un tel prestige qu’aucun sacrifice ne paraissait trop grand aux collectionneurs pour acquérir des gemmes et des intailles et pour les faire monter et enchâsser par des artistes tels que Lorenzo Ghiberti, Benvenuto Cellini, dont les montures sont des joyaux d’orfèvrerie et d’émaillerie.

La glyptique influença tous les arts auxquels elle a servi de modèle: sculpteurs, peintres, médailleurs, enlumineurs de manuscrits copièrent les thèmes gravés sur les intailles. Bien que les sujets païens aient joui d’une préférence certaine, les inventaires de la Renaissance mentionnent maintes gemmes à sujets chrétiens qui furent gravées par les lithoglyphes que Paul II, Laurent de Médicis et d’autres princes italiens faisaient travailler. Les gemmes et intailles sont rarement signées; on connaît pourtant les noms d’un grand nombre de lithoglyphes: on citera seulement Domenico de’ Cammei, qui a gravé en creux sur un rubis balai le portrait de Ludovic Sforza, Giovanni delle Corniole, protégé de Laurent le Magnifique, qui a gravé le portrait de Savonarole sur une cornaline, et l’artiste qui personnifie l’apogée de la gravure en pierres fines au XVIe siècle, Valerio Valeri, de Vicence, connu sous le nom de Valerio Vicentini. Ce ne sont là que quelques noms parmi les nombreux lithoglyphes que comptait l’Italie au XVIe siècle, chaque ville ayant ses ateliers de graveurs de pierres fines. Toutes les grandes collections d’intailles des cabinets de médailles et des musées conservent des œuvres d’artistes italiens de cette époque.

Au XVe siècle, en France, la glyptique demeura un art, comme par le passé, peu accessible et peu répandu, pour des raisons techniques et à cause de la rareté de la matière première. On s’ingénia donc à adapter les sujets antiques aux idées chrétiennes: des cristalliers sans scrupule retouchèrent des œuvres antiques, taillant au ciseau des scènes mythologiques pour leur donner quelque ressemblance avec les scènes chrétiennes qu’ils voulaient représenter.

Sous Charles VIII et Louis XII, les relations politiques entre la France et l’Italie favorisèrent l’évolution de l’art français, notamment celui des médailles et de la glyptique, si florissant en Italie; cet art atteignit en France à son apogée sous François Ier, qui fit venir d’Italie les plus habiles médailleurs et graveurs en pierres fines; Matteo del Nassaro, de Vérone, qui, dès 1515, travaille pour le roi de France, et Benvenuto Cellini.

Matteo del Nassaro a formé des élèves, Guillaume Hoison et Jehan Vinderme, «tailleur de camayeux», qui perpétuèrent après lui l’art de la gravure en pierres fines en France. D’autres graveurs vécurent sous la protection de François Ier, de Henri II, de Diane de Poitiers et de Catherine de Médicis. Sous le règne de Charles IX et sous celui de Henri IV, trois graveurs en pierres fines sont honorés de la protection royale: Olivier Codoré, Julien de Fontenay et Guillaume Dupré (ce dernier, célèbre médailleur, était aussi un lithoglyphe de talent).

Les XVIIe et XVIIIe siècles

Au XVIIe siècle, la France compte beaucoup d’amateurs de pierres gravées, surtout anciennes. Le plus célèbre fut Gaston d’Orléans, frère de Louis XIII. Il possédait une collection remarquable de médailles, d’antiques, de gemmes, qu’il légua à Louis XIV, son neveu, en 1660. Ce legs devait donner au souverain le goût des médailles, des objets d’art et des pierres gravées, qu’il fit acheter en France et hors de France. Sa plus importante acquisition fut celle du cabinet Lauthier d’Aix-en-Provence qui avait recueilli des pièces des cabinets d’antiques de Peiresc et de Pierre de Rascas, sieur de Bagarris. Mais, sous le règne de Louis XIV, il n’y a pas eu en France de lithoglyphes notables, et les rares graveurs, héritiers de maîtres de la Renaissance, ont émigré à la cour d’Autriche: Misseroni, Ambroise, Octave et Denis Miseron au commencement du XVIIe siècle, Ferdinant Eusèbe Miseron, fils de Denis, devenu seigneur de Lisom, qui fut graveur à la cour de Léopold Ier. En Allemagne, Lucas Kilian, surnommé «le Pyrgotèle allemand», Daniel Engelhard et Gaspard Lehmann qui a inventé des machines pour graver le verre dit cristal de Bohème.

En Italie, à la même époque, de nombreux graveurs en pierres fines jouissaient de la protection des papes et des empereurs; on citera, parmi les plus célèbres, Perricinoli à Sienne, Carrione à Milan, Adoni à Rome.

Au XVIIIe siècle, le nombre des graveurs en pierres fines en Italie fut tel qu’il est impossible de les mentionner tous; deux noms illustrèrent la gravure en intailles à Rome, Giovanni Costanzi et son fils Carlo Costanzi. À la même époque, en Allemagne, le meilleur lithoglyphe, selon Mariette, fut Philippe Christophe de Becker, natif de Coblence; il signait ses ouvrages P.C.B. ou D. Becker. Pourtant, l’artiste qui devait jouir plus particulièrement de la protection de Marie-Thérèse fut un Français, Louis Siriès, dont le musée de Vienne possède quelques chefs-d’œuvre. On retiendra encore Jean Laurent Natter qui fut graveur de la monnaie d’Utrecht. Il signait ses œuvres Nattep ou Yapoy. Son œuvre de graveur est moins intéressante que l’ouvrage qu’il écrivit: Traité de la méthode antique de graver en pierres fines comparée avec la méthode moderne , qui parut à Londres en 1754. Mais l’homme qui domine la gravure sur gemmes du XVIIIe siècle fut un Français, Jacques Guay. Protégé et encouragé par Mme de Pompadour qui devint son élève, il fut nommé graveur du roi, installé à Versailles.

Au XIXe siècle, le grand public ne s’intéresse plus à la gravure en pierres fines; quelques rares artistes, cependant, ont essayé de perpétuer les traditions du XVIIIe siècle: Louis Pichler, Mayer Simon, l’élève de Guay, désigné quelquefois sous le nom de Simon de Paris; le chevalier Jean Henri Simon, frère de Mayer Simon, qui se fixa à Bruxelles, et son fils Jean Marie Amable Henri Simon. À l’étranger, la gravure en pierres fines ne fut pas plus florissante qu’en France. On vit l’Italie se peupler de faussaires qui inondèrent le marché européen de pierres gravées et de gemmes qui n’étaient que de grossières copies.

3. Les vases en pierres dures

La naissance de la taille des vases en pierres dures se situe dans le Moyen-Euphrate au VIIe millénaire avant J.-C. Dès le IVe millénaire, des ateliers d’Afghanistan et d’Iran les exportent vers les riches cités de Mésopotamie. En Égypte, la vaisselle de luxe est alors en basalte, albâtre, diorite, ou en brèches colorées. Coupes, vases, flacons sont monolithes, à anses et pied taillés dans la masse, aux lignes simples et épurées. D’Égypte, la technique se transmet à la Crète où, à l’époque minoenne, sont ciselés des vases en cristal de roche, gypse blanc, stéatite ou serpentine, certains décorés de scènes animées (vase des Moissonneurs, vase des Boxeurs d’Haghia Triada). Cet art se maintient en Égypte et au Proche-Orient où, à partir du VIIIe siècle avant J.-C., l’agate devient le matériau de prédilection. Sa vogue croît à l’époque hellénistique: la description de la pompe dionysiaque organisée à Alexandrie par Ptolémée II (309-246 av. J.-C.) fait état d’une multitude de vases d’agate, et celle du trésor de Mithridate VI, roi du Pont (111-63 av. J.-C.), de deux mille tasses d’onyx. L’apogée de cette production, devenue pour les Romains le symbole du luxe, se situe au Ier siècle avant J.-C. et au Ier siècle après J.-C. Les vases en cristal de roche ou sardoine, variété brune d’agate, sont monolithes, de faible épaisseur (de 2 à 4 mm) et de formes complexes inspirées de l’orfèvrerie. Certains sont taillés d’un décor en bas relief, comme la tasse Farnèse à Naples, ou la coupe dite des Ptolémées à Paris, véritables vases-camées. Alexandrie, à l’époque hellénistique, puis Rome, sous l’Empire, ont dû être les principaux centres de fabrication. À l’époque byzantine, Constantinople prend le relais, s’inspirant à la fois des vases gréco-romains et de ceux qui sont produits en Iran sassanide aux VIe et VIIe siècles. De la renaissance macédonienne (IXe-XIe s.) datent quantité de coupes de sardoine ou de jaspe, unies ou godronnées, la plupart aujourd’hui dans le Trésor de Saint-Marc de Venise, d’une technique plus fruste, les anses rapportées en métal, les parois épaisses. À la même époque, les lapidaires fatimides du Caire cisèlent des aiguières, des coupes et des flacons en cristal de roche, monolithes, aux parois très minces recouvertes d’un décor exubérant de rinceaux, palmettes et animaux en léger relief. L’influence de ces objets, qui, après le sac du Caire en 1064 puis celui de Constantinople en 1204, pénètrent en Occident où ils furent ornés de montures orfévrées et remployés dans les trésors des églises, explique la naissance d’ateliers de cristalliers dans la région rhénano-mosane, vers 1200, puis à Paris et à Venise au XIIIe siècle. Les créations occidentales, d’abord en cristal de roche et à usage liturgique, se diversifient peu à peu. Vers la fin du XIVe siècle apparaît une vaisselle en pierres dures, jaspe, onyx, marbre, porphyre, aux formes complexes, destinée aux tables princières. À Venise, Valerio Belli (1468-1546) renouvelle l’art du cristal de roche par l’adjonction d’un fin décor gravé. À Milan, Annibale Fontana (1504-1587) et les frères Sarachi se spécialisent dans une vaisselle en forme d’animaux fantastiques au décor foisonnant, tandis qu’à Florence se maintient l’usage de formes simples et de pierres colorées comme le porphyre ou le lapis-lazuli. Les Miseroni, artistes milanais, s’installent à Prague en 1588 et lancent la mode des rondes-bosses et des vases en cristal de Bohême et pierres semi-précieuses polychromes, suivis par de nombreux artistes allemands. Mais, au XVIIIe siècle, l’usage exclusif du verre met fin à la production des vases en pierres dures.

glyptique [ gliptik ] n. f.
• 1796; gr. gluptikos « relatif à la gravure »
Didact. Art de graver sur pierres fines. camée, intaille.

glyptique nom féminin (grec gluptikos, propre à graver) Art de tailler les pierres fines ou précieuses, en creux (intailles) ou en relief (camées).

⇒GLYPTIQUE, subst. fém. et adj.
I. — Subst. fém., GRAV. Art de la gravure sur pierres fines. Glyptique antique. Quoiqu'il écrivît sur la glyptique (...) mon bon oncle s'entendait peu aux arts du dessin et de la peinture (TOEPFFER, Nouv. genev., 1839, p. 187). Six volumes que j'ai à peu près finis sur l'Iran ancien (histoire d'après les sources originales, linguistique, étude des dialectes, numismatique et glyptique) (GOBINEAU, Corresp. [avec Tocqueville], 1858, p. 291).
II. — Adj., PRÉHIST. Période, civilisation glyptique. Qui se situe à la fin du quaternaire et se caractérise par le développement du sens artistique de l'homme magdalénien. Au fur et à mesure que nos connaissances sur l'époque du Renne s'étendent davantage, la continuité et l'unité du développement de la civilisation glyptique nous apparaissent plus nettement (J. DÉCHELETTE, Manuel archéol. préhist. celt. et gallo-rom., t. 1, 1914, p. 310).
Prononc. et Orth. : [gliptik]. Ds Ac. 1835-1932. Étymol. et Hist. 1796 (Magasin encyclopédique, I, 183 ds DG). Empr. au gr. « propre à graver ».

glyptique [gliptik] n. f.
ÉTYM. 1796; grec gluptikos « relatif à la gravure », de gluptos « gravé » (→ Glypto-), de gluphein « graver, tailler ».
Didact. Art de graver sur pierres fines. || Forme mineure de la sculpture en bas-relief, la glyptique a produit chez les Grecs et les Romains de remarquables chefs-d'œuvre. Camée, intaille.
0 L'allongement, la transparence du voile, l'arabesque si souvent orientée vers quelque pointe, et apparentée à celle de la glyptique plutôt qu'à celle d'Alexandrie, sont bien des moyens picturaux.
Malraux, les Voix du silence, p. 59-60.
DÉR. Glypticien.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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